vendredi 1 juillet 2011

A mon ami l’alpagueur



 Trois mois. Tu me dirais, c’est pas si sévère, au vu de ce que certains ont mangé pour le même forfait. Jacques Clément, Ravaillac, François d’Amiens, Caserio, Emile Cottin, le tas d’enragés du Petit Clamart. Tu t’inscris dans une longue tradition, bonhomme… Régicide, tyrannicide, présidenticide ! Ton nom aurait pu figurer aux côtés de ces furieux qui s’en prirent par le poignard, la bombe, ou la mitrailleuse,  à l’incarnation du pouvoir de leur temps pour des motifs plus ou moins nobles.

Mais à l’inverse de cette masse d’enragés précités, tu n’as pas eu l’intention de tuer le chef de l’exécutif, mais juste de le chiffonner un peu. Et tu as bien du mérite, vu comment le zigoto en question est suivi à la trace par un bataillon de gardes du corps pareils à des mouches au cul d’une Blonde d’Aquitaine.

Oui, tu as bien du mérite, car à la façon dont tu t’es assuré que le costard du Président était confectionné à partir d’une étoffe solide, les mastards ont fondu sur ta personne avec application. J’imagine la douleur que tu as ressentie suite à la clé de bras que les larbins bodybuildés en question ont effectué sur ta personne. J’imagine aussi la gueule du juge qui a prononcé ta peine. Je suppute que l’accueil que te feront tes codétenus en prison sera des plus chaleureux. On t’excusera même d’être sans le sou et de ne posséder aucune ressource pour cantiner. Tu bénéficieras peut-être d’un accès privilégié à la salle de sport, et qui  sait, les matons seront peut-être indulgents avec toi.

Hermann, sache qu’on est plusieurs ici à te témoigner notre soutien le plus entier. Beaucoup d’entre nous aimeraient posséder un peu de ce courage et de cette audace pour laquelle la Justice de la République te condamne aujourd’hui.

Déjà les médias qui marchent au pas de la talonnette présidentielle te dépeignent comme névrosé, inapte à la vie sociale, gagné par la rancœur suite à une désillusion amoureuse. Une condescendance qui vise à ôter toute signification politique à ton geste. Un employé de conservatoire municipal sclérosé du bulbe ne pèse en effet pas lourd face à l’homme qui dans son action quotidienne s’efforce de moraliser la finance internationale. Sans présager de rien, je suis au demeurant certain qu’à l’inverse de ta victime, tu n’as jamais fait reluire dans ton plumard un ancien mannequin transalpin refait du sommet du crâne à la racine des arpions. Non, on t’oubliera vite, et on rangera le citoyen venu demander des comptes au laquais en chef des possédants dans la catégorie des exaltés bons pour demeurer perpétuellement dans une chambre aux murs capitonnés.   

Le président n’a pas porté plainte. Par le passé, à l’issue d’autres de ses déplacements où la foule lui criait sa colère, des préfets avaient été débarqués, des fonctionnaires de Police mutés sur de lointains ilots du Pacifique Sud. Vu qu’aujourd’hui, Sarkozy se « représidentalise », selon la bignolante formule consacrée, ceux-là n’auront rien à craindre. D’une grande mansuétude, notre chef bien-aimé des oligarques, fera peu cas de ton geste, et poussera même l’audace jusqu’à te convier un après-midi chez lui pour causer un peu, va savoir. C’est que d’ici moins d’un an, celui-ci risque d’avoir des trous dans son agenda…
Les seules informations à ton sujet font état que tu as des lectures subversives et un attrait poussé pour les musiques qui réchauffent l’âme quand celle-ci est endolorie à force d’évoluer dans ce mal-foutu monde. Un point de plus pour toi. Décidemment, on a tout pour s’entendre.

Ton fait, noyé dans la surcharge d’informations qui se déversent dans les Mass Merdias,  n’intéresse déjà plus grand monde. C’est marrant « l’actualité » comme ils disent. Un prince monégasque aux allures équivoques épouse une nageuse bâtie comme mon tonton, celui qui est déménageur. Un célèbre amidoneur de col de chemises pour soubrette d’origine guinéenne va recouvrer la liberté puisque la négresse en question n’est qu’une affabulatrice intéressée comme toutes celles de son espèce par le fric et la possession intempestive de smartphones. C’est ce qui fait causer dans les gazettes. On en oublie la vaillance des grecs, et le cinquantenaire de la mort de Céline. Dur…
Mais pour ce qui me concerne, je te garde mon estime, mon souvenir ému, et te garantit que d’ici peu, les mauvais jours finiront.

dimanche 15 mai 2011

La grâce d'une femme de chambre

Il m’a fallu descendre une bouteille de whisky entière pour me donner du courage avant de descendre au bureau de vote. En descendant vers la salle d’école primaire où l’on joue à la démocratie quelques Dimanches de l’année, j’ai manqué plusieurs fois de m’étaler sur le sol à la façon d’une merde de chien. Mes gambettes s’enfoncent irrésistiblement dans le sol, j’avance à genoux. Parvenu sur le perron de l’école, quelques électeurs me dévisagent avec dédain. Je leur rétorque qu’accomplissant mon devoir de citoyen à l’inverse de ces tordus d’abstentionnistes, je ne mérite aucunement la foudre de leurs regards. J’ajoute également que leurs tronches de CSP+ devraient être à la fête : leur candidat est assuré de gagner.

C’est le mois de mai, et il fait pourtant un temps de chiotte. Dans la file menant aux isoloirs, les citoyens portent tous des vêtements de pluie trempés. On manque de glisser à nouveau sur le lino avec les rigoles qui s’écoulent des k-ways des braves gens. Aux assesseurs, je soutiens que je ne prendrai qu’un seul bulletin. Que ça m’est déjà assez difficile de devoir voter pour « Machin », le sauveur à tous les pétochards, ces tartes friandes de cures d’austérité. « Monsieur, c’est dans l’isoloir que vous donnerez votre avis » me dit un assesseur avec une gueule de puceau, que l’on se demande par pour qui il vote.


Comme cinq années auparavant, en sortant de l’isoloir, je crains d’avoir fait une connerie. J’en ai fait une belle, c’est certain, c’est ce qu’on fait de plus courant dans un bureau de vote, mais là, c’est un peu plus grave. On m’a supplié de voter « Machin », et pas « Petit Machin ». Et je crains dans la précipitation d’avoir mis « Petit Machin » dans l’enveloppe plutôt que « Machin ». Mais je ne plus faire marche arrière. Les braves citoyens derrière l’urne me font signe d’avancer vers eux. Du fait de William Peel, j’ai du mal à tenir le stylo qu’on me tend pour signer en face de mon nom sur le cahier prévu à cet effet. Et pour mettre l’enveloppe dans l’urne funéraire pour les rêves, ça été du même tonneau. J’ai manqué de basculer en arrière quand le quinquagénaire socialiste bon teint actionna l’ouverture de la fente, impérieux et grave comme toujours dans ces moments-là. « A voté » tonne-t-il dans le demi-silence de la salle de classe désertée des poulbots de mon quartier.



Si je me suis déplacé, c’est pour faire plaisir aux copains et aux parents. Je n’avais envie que d’une seule chose en ce dimanche. Déjà de me remettre de la chouette biture de la veille au soir dans un bar de la Rue de Charonne. Les copains et moi, on s’était retrouvés-là, à demi-résignés, en se disant qu’on allait voter « Machin », l’économiste infaillible. Au sortir du premier tour, on se disait qu’on avait le devoir de voter blanc. Sauf que la médiacratie nous a fait le coup du « Petit Machin » sort renforcé du premier tour », et qu’on a flippé comme des lapins le jour de l’ouverture de la chasse. Qu’après tout « Machin » s’était résolu à faire des concessions sur sa gauche. Nos mamans ont tonné comme des buffles lorsqu’on leur concédait nos envies de voter blanc ou de glisser des poils de nos zézettes et de nos pilou-pilous dans l’urne. Leur faire un nouveau pied de nez à tous ces affreux, s’offrir l’occasion de leur signifier notre plus profond mépris ! Seulement, nos copines ont eu de la ressource pour nous inculquer le civisme et la pétoche, ce qui revient à peu près au même. Elles craignent qu’on morfle à vie, précarisés à jamais… « Machin » a certifié qu’au lendemain de son élection, ce serait « CDI pour tout le monde ». Donc, on est allés voter, parce qu’on est foncièrement lâche.
J’aurais vraiment préféré en ce dimanche pluvieux rester dans ma mansarde. Le matin au marché, j’aurais fait achat d’un poulot fermier, rôti, doré… Je l’aurais dépecé avec soin avant de le bouffer en entier, en commençant bien sûr par le croupion…. Un petit vin de Touraine frais eût constitué un bon compagnon d’agape solitaire.
Seulement, les autres, la trouille, la petite amie qui trépigne, qui fait chier… alors, on s’est déplacé pas beau, et on a voté pour « Machin ». Ce soir, on éteint la télé. Et on dort à poings fermés, par delà les mous, les affreux.

Nous avons appris, pas trop déçus ce matin, que ce scénario annoncé resterait par la grâce d’une femme de chambre dans les tiroirs de l’Histoire. On a beau être fauché, peu inspiré, familier des crises d’angoisse, on ne déchante pas trop.



vendredi 18 mars 2011

140 piges et toujours là


-Pourquoi que tu t'es jeté sur la bouteille de Chénas ce matin? Je te savais poivrot, mais à ce niveau-là...
-Plus de champagne au frais, donc j'ai pris ce que j'avais sous le tire-bouchon.
-Je veux bien, mais avec cette actualité si désespérante, quelle raison valable pour se murger dès potron-minet?
-Une très bonne et vieille amie fête son anniversaire aujourd'hui. Je le célèbre avec elle par procuration vu qu'elle est allée prendre le soleil de l'autre côté de la Méditerranée, après avoir été vue en Grèce où elle effectue depuis au moins trois ans des séjours réguliers.
-Je la connais, cette grue?
-Oui. Elle est née sur le flan d'une butte le 18 mars 1871. Ce jour-là, elle annonça sa naissance à un gouvernement fantoche et capitulard de la plus éclatante des façons, en faisant assassiner deux de ses généraux prêts à faire couler le sang parisien. A peine née, elle était déjà très bavarde, la môme.
-Attends, tu me dis quelque chose là...
-C'est la Commune, bécasse! Tu sais, celle "d'un sang qui coula rouge et noir /d'une révolution manquée qui faillit renverser l'histoire".
-Ah, oui ces "sardanapales ivres de vitriol" de communards, fustigés en ces termes par Cattule Mendès. Cette révolte "semie-ouvrière et semie-policière" ralliée par Léon Daudet. Ces massacreurs d'évêques, ces pue-la-sueur en furie qui n'hésitèrent pas à incendier l'hôtel de Ville.
-Oui, on parle bien d'un des épisodes les plus réjouissants de l'histoire du prolétariat mondial, avec Octobre, et celle des Partisans dynamiteurs d'aqueducs et de nazis durant la Seconde Boucherie Mondiale. Je te parle d'une môme turbulente en diable, un peu légère, c'est vrai. Elle se serait attaquée à la Banque de France et aurait su marcher sur Versailles que son triomphe en aurait été total. Qu'elle n'aurait pas fini atrocement mutilée à coups de chassepot. Mais elle s'en est sortie à terme. Elle reviendra et annoncera des lendemains qui chantent pour de vrai.
-C'est  toi qui le dit. Rien n'est moins certain. Le peuple de Paris est-il prêt à se soulever aujourd'hui?
-Mais il se soulève le peuple de Paris! Quand il n'a pas la wi-fi au Starbucks, quand le prix de la botte de topinambours chez Naturalia connait une hausse exponentielle. Il se barricade aussi : dans des immeubles à digicodes et portse blindées, surveillés par des nervis à nuque rase qui durent faire leurs preuves dans la défunte police de Ben Ali.
-Mais y-a-ti-il encore un peuple à Paris?
-A sa périphérie, oui.
-Et l'espoir dans tout ça?
-Jamais défunt, quoiqu'on en dise. Malgré les manipulations des sondeurs d'opinions, qui feraient mieux de sonder leur trou du cul; malgré les oligarques tous plus foireux les uns des autres, ou encore des socialistes qui s'affirment gestionnaires de la misère planétaire. Moi, j'y crois, à l'insurrection qui vient.
-Elle est pas un peu ridée, ta pote? Les communards, où sont-ils?
-Partout! Les enfants de ma copine sont peut-être invisibles dans ton Jité du soir, dans les colonnes des torchons de la bourgeoisie, mais laisse leur le temps. On verra leur triomphe, le nôtre, de notre vivant.
-Et avant ça, tu me sers un coup de beaujolais?
-Avec une pointe de sirop de cassis au fond. On appelle ce coquetèle un communard, et c'est pas pour rien.
-Allez, gai rossignol, mon merle moqueur... Je froisse une dernière fois mon coude à lever mon verre aux insurgés de par le monde. Mais, après on arrête de se murger : demain y'a révolution, car tous les pauvres s'y mettront! Car tous les pauvres s'y mettront!

samedi 15 janvier 2011

Les bourreaux meurent aussi

D'évidence, il apparait prématuré de se réjouir du départ précipité de Ubu Ben Ali du pays qu'il maltraitait depuis 23 ans. Car le peuple tunisien n'a pas encore investi les rênes d'un pouvoir qui ne lui est jamais revenu. Colonialisme, despostisme éclairé, jusqu'à cette obscure clique de népotes décadents réduits aujourd'hui à détaler comme des rats; si il est un peuple qui a témoigné d'une formidable réserve de patience, avant de nous offrir une étincelante et magnifique démonstration de courage, ce sont bien nos copains du pays du Jasmin.

Pour avoir été de nombreuses fois en Tunisie, le plus souvent malheureusement sans s'écarter des travées d'une laideur sans pareille de cette singulière horreur que constitue le tourisme charterisé, on se sent évidemment plus réceptifs encore à ce bel élan populaire.

On leur souhaite, aux Tunisiens, de transformer cet essai si chèrement acquis, au prix d'une centaine de morts, et d'exactions policières d'un autre âge. 

Et à l'instar de Fritz Lang, qui sur un scénario de Brecht consacra un film éblouissant au courage du peuple de Prague sous la terreur nazie, on se réjouit, en disant que: "les bourreaux meurent aussi". 
  

samedi 20 novembre 2010

Le casse-pattes nouveau est là



-Moi j'y trouve un goût de Framboise...
-Sluuuurpppp!! Ahhh...
-A quoi ça te sert de déglutir comme ça?
-C'est pour  y trouver des arômes... Banane, pour moi!
-Ouais pas faux! Sluuuurpppp... Baies sauvages et bouquet de violettes aussi!
-C'est le Gamay, ça!
-Non, c'est du Cabernet Franc en fait...
-Sluuuuuuurppppp! Y'a un petit tapis de cassis quand même!
-Mouais, moi j'dirais plutôt cerise noire.
-Bof, l'est tout de même un peu inspide pour renifler la griotte.
-Slllurrrrrrrppp! Ahhh... Doliprane!
-Quoi!?
-On joue les esthètes de la vigne, mais chaque année, avec le Beaujolpif' nouveau, la seule chose dont on se souvient après la dégustation, c'est le bon goût du paracétamol dans l'oesophage au lendemain matin.
-Pas faux. Sluuuuuuuurrrrrrrrp!

jeudi 18 novembre 2010

Quand Zola évoquait le Major


"Il tenait des discours abominables, il parlait de couper le cou aux riches, de nocer un beau matin à s'en crever la peau, avec les femmes et le vin des autres: menaces lâchées d'une voix sombre, les poings tendus, théories révolutionnaires apprises dans les faubourgs parisiens, revendications sociales coulant en phrases enflammées, tel flot stupéfiait et épouvantait les paysans."

Zola, la Terre, 1890.

mardi 16 novembre 2010

Aux exaltés, aux autres.

Il n'y a pas que chez les gnomes secoués de tics, se piquant de présider aux destinées du pays réel, que ça nourrit des envies de changement. Nous aussi, nous remanions. Nos désirs, nos aptitudes. Plus question de jouer les petits bras, et de se péter la tronche à Duvel, à compter cinq heures de l'après-midi, heure fatidique chez le poète moyen, celle qui sonne généralement le glas de sa sobriété. C'est l'Orval et la Chimay Bleue qui possèdent désormais notre confiance pour rendre la vie supportable, quoique les jours passant, on ait décidé à l'instar de Lucien Ginzburg, de ne pas faire long feu ici. Question d'élégance.

Donc, l'étudiant moyen, après sa brillante soutenance, son éclatant mémoire, a décidé de s'engager sur une autre voie historiographique. C'est à partir d'un faits divers que nous allons dresser les contours de notre prochaine étude grâce à laquelle nous devrons décrocher un diplôme qui ne nous servira à rien, sauf à compléter notre fierté, notre orgueil, de n'avoir jamais foutu les pieds dans une école de commerce ou n'importe quel école privée à plusieurs miliers de boules la scolarité; le tout pour apprendre à refourguer de la merde à des cons qui n'en ont pas besoin. Les cons sont vraiment cons de se laisser faire, soit dit en passant.


Si je te dis "Gros Léon"? Tu me réponds quoi? Léon Daudet, right. Redoutable pamphlétaire, à la verve outrancière mais géniale; le seul député de toute l'histoire de la République, qui tout en étant à la tête d'un  groupe parlementaire ridicule en nombre, pouvait se targuer à l'instar de Clemenceau, de faire chuter des ministères et de faire condamner des Malvy et des Caillaux à lui tout-seul.
Second de Maurras pour restaurer je-ne-sais plus quel Orléans sur le trône de France, Daudet et l'Action Frrançaise sont à l'apogée de leur audience sur la scène politique au lendemain de la première guerre mondiale. Dix millions de morts, presque autant de mutilés, Schneider a fait fortune, les pacifistes ont implacablement été réprimés: pour un nationaliste, ce serait dur ne pas être au comble de sa joie.
Mais, alors que l'on prédit à Daudet un rond de serviette aux côtés du lorrain chauvin Poincarré, ne voilà-t-il pas que certains se dressent pour empêcher le fils à son Alphonse de récupérer un maroquin ministériel. Les anars, car même s'il y'en a pas un ils existent toujours, au premier chef. Une anar en particulier: Germaine Berton, qui en janvier 1923 tue d'un coup de browning le chef des camelots du roi, Marius Plateau au siège de l'action française, rue de Rome. Pour son malheur, Maurras, Daudet, et Pujo étaient absents, sans doute occupés à jouer à la belote au troquet avec des ordures galonnées généraux en  retraite. En dehors du Libertaire, seuls les surréalistes, Breton et Aragon en tête, défendent et exaltent la geste de la jeune Germaine, une "marg'" un peu barge d'après les sources.

Quelques mois plus tard, c'est au tour du fils du Gros Léon de caner. Agé de 14 ans, sujet à des fugues chroniques, le môme bien qu'adolescent mesure un bon quatre vingt bien tassés, chaparde de l'argent à ses royalistes de parents, nourrit des rêves de Canada et de grands espaces. A la suite de sa dernière échappée du domicile familial, Philippe fréquente l'espace de deux jours les anarchistes parisiens, qu'il entretient de son désir de "faire un coup", en tuant le chauvin chauve Poincaré, notamment. Ceux-ci le mettent sur la voie de la raison, mais d'autres, moins bienveillants, sur celle de Pierre le Flaoutter, libraire anarchiste et pornographe, accesseoirement indicateur de Police, en rapport permanent avec le sous-chef de la sûreté. Le 24 novembre après être ressorti de la boutique de l'indic, Philippe prend un taxi dont il ne ressortira qu'avec une balle dans le citron, son visage harmonieux salement défait. Venus reconnaître le corps, le gros Léon et sa femme Marthe crient au complot. Pour les monarchistes, les anars sont tous plus ou moins des auxiliaires de surêté, aux ordres directs de la Gueuse pour empêcher le je-ne-sais-toujours-plus-quel Orléans de s'asseoir le fessier ferme sur le trône de France.

   Voilà ici quelques détails, sur le degré de violence des bagarres politiques dans le Monde d'Avant. Autre chose que de la "petite phrase" comme on fait aujourd'hui. Si je cause de tout ça, devant vous, camarades, c'est que si vous êtes en possession, d'un fasicule, d'un livre, ou de quelconque information susceptible d'éclairer mes lanternes, je vous en serais plus que reconnaissants.

 Une histoire bien sexy, bien poisseuse, où des exaltés de tous acabits se cherchent des crosses dans un contexte particulièrement crasseux. Avec ça, on est sans doute plus partis pour pondre un roman noir qu'un mémoire de masteur de seconde année. On va saupoudrer tout ça de chouettes notions conceptuelles, de façon à ce que ça passe pour notre directeur de recherches. Que ça fasse historien. Même si on va faire un peu du Léo Malet ou du Pécherot en moins bien.

Ami des exaltés, soutenez votre Rouletabille comme il se doit, il en a besoin...



dimanche 17 octobre 2010

Les caves se rebiffent, et bien.



"Parce que pour moi, j'aime autant vous dire que Monsieur Eric, avec ses costards en Ecosse tissés à Roubaix, ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, et ses boutons de manchettes en simili, et bien, c'est rien qu'un demi-sel." (Michel Audiard, le Cave se Rebiffe)

Bah oui, on est toujours là, dans la rue, malgré un climat sibérien. On y reste, dans la rue, la poésie y réside. Malgré ce que les jean-foutre peuvent asséner, ce bras de fer nous allons le gagner, et pour la suite, vaudra mieux sortir les gilets pare-balles, ocazou.

Alors, à votre ami Eric: "C'est grands airs, il peut se les cloquer dans le baba"

lundi 11 octobre 2010

L'usure paie




-Alors, c'est bon, petite nature, tu reviens sur la blogosphère?
-Ouais, mon pote. J'ai chié mon mémoire de première année. J'escompte peut-être devenir historien un jour. Ou catcheur professionnel. Embrasser un métier qui demande des nerfs solides, du cran, ce qu'il faut de souplesse et de répondant. Le tout sans se faire trop mal.
-Ah, c'est décidé! Bientôt professeur d'histoire, alors?
-Je n'en sais encore foutre rien. Ce que je sais est que j'éviterai tant que possible de prostituer ma force de travail aux amis de madame Parisot, aux petits maquignons de la CGPME, aux enflures qui tiennent les cordons de la bourse.
-La leçon de cet été, l'as tu retenue au moins? On t'enjoint d'être pragmatique, et tu viens encore faire chier avec tes lubies luddites. Ce n'est pas raisonnable.
-C'est bien malgré moi, que je décide de me détourner du piège à bagnards qu'est le monde du travail. C'est si bon, comme le chantait ce vieux Louis, de ne pas rentrer dans leur jeu truqué. La ruse sera notre meilleure alliée à l'avenir.
-On va pas bien loin, à cogiter de cette façon.
-Certes. Mais aller loin, comme tu dis, dans la société spectaculaire-marchande, ne m'intéresse pas plus que de savoir le nombre de zézettes que Paris Hilton a dû chatouiller dans son encore jeune carrière. J'entends faire de mon mieux pour embrasser la meilleure position possible, qui ne soit pas qu'une posture, et à terme une imposture. En tireur couché, contemplateur avisé, le Vieux Monde va se ramasser quelques petites pichenettes sur le coin de sa sale gueule, je te dis.
-Il te reste du boulot, pour être une épée du dézingage. C'est pas du jour au lendemain qu'on devient une avant-garde à soi tout seul! Puis il y a toujours une sorte de conformisme, de facilité à s'improviser rebelle, mutin de panurge à force. Remember Muray.
-Ouais aujourd'hui Muray est en passe de devenir un phénomène de mode. C'est du dernier chic d'être réac, comme ça l'était de chanter pour les sans-papiers il y a quelques années. Moi, ce sera comme Desproges de toute façon. Mon cadavre sera piégé. Le premier qui le touche, j'y sauterai à la gueule.
-Tenir ce genre de discours, m'étonne que tu sois irrécupérable, qu'on tourne les talons à la vue de ta ganache frisée. 
-Ouais, la jeunesse, les gens comme on dit. Les post-chocs selon la théorie de Leroy. Fourier, Bakhounine, Marx, Debord, leur sont tout à fait étrangers. Ce n'est pas dans les amphithéâtres qu'on va recruter la fine-fleur des sardanaples ivres de vitriol. Les "résignés" pullulent.
-En attendant, fais quoi, tézigue, hein, pour faire valser les affreux? Crois t'y que c'est en tenant un blog, en te saoulant aux vins naturels, aux bières belges, en lisant des romans noirs, que tu vas précipiter le chambard? T'es qu'un étudiant, fils de CSP+, t'as appris à lire dans le Nouvel Obs', me dis-pas qu'il y a du Ravachol en toi, je ne te croirai pas.
-Pas du Ravachol, non. Sûr que comme le camarade Koenigstein, suis étreint d'un desespoir insondable. Ce qui ne doit pas nous conduire à rejoindre la cohorte des "résignés". Mais de la résistance passive à la résistance active, la frontière est mince, crois-moi.
-Demain, tu fous quoi par exemple.
-Suis dans la rue. Et il est question que nous nous y attaradions. Que nous improvisions quelques tonitruantes bacchanales. Et puis j'ai choisi mon camp, vois-tu. Je ne crois plus qu'au foutre, à la liqueur, et à l'insoumission généralisée, là où résident les derniers élans poétiques dans un monde désanchanté.
-Dis-moi, tu serais pas un peu fatiguée, dans tes derniers retranchements, pour nous pondre de telles inepties.
-Pour sûr. Mais l'usure paie, à force.

mardi 4 mai 2010

Oui, nous nous reverrons mes frères...


Aux archives nationales, la classification est parfois douteuse, voire scélérate. On pense trouver le miel pour nos recherches dans un carton réservé de longue date. Et contrairement à ce qui nous semblait indiqué dans le répertoire, on fait chou blanc. Rien sur nos anars d'après la première guerre mondiale, qui forment l'épine dorsale de notre sujet d'étude. Mais à la place de la retranscription par les condés d'une conférence du grand Sébastien Faure, on trouve des exemplaires du Bonnet Rouge. C'est dire si c'est décalé au vu des éléments qui doivent à terme figurer dans notre hypothétique mémoire.
Et à la rubrique littéraire, on sourit jusqu'aux oreilles. Le journal dirigé par Gustave Hervé, au temps où il n'avait pas cédé aux lunes dégueulasses du nationalisme, comportait de bien belles brèves, finement ciselées. Au coin "Bouquins", on voit le sous-titre suivant: "Écrivains, vains écrits."

Avouez que le calembour est délicieux. Aujourd'hui, il ne se trouverait que des vieux messieurs, qui goûtent du regrettable Bouvard depuis plusieurs décennies pour s'en esclaffer.
Et oui, c'est bien vain d'écrire. On ne saurait dire exactement pourquoi. La clé de l'énigme réside ailleurs.
Donc, on réfléchit quelques instants. Et l'on se dit que tout de même, pontifier comme nous le faisons, c'est déraisonnable. Vain, surtout. On a beau feuilleter des pages rudement bien composées, se délecter à la lecture d'ouvrages qui forment une vie et un semblant de conscience, on se dit que ce serait mieux de s'arrêter là. De marquer une pause, pour ainsi dire.

L'usure nous gagne rapidement. Crécher au Zemmouristan, on peut mieux espérer pour une jeunesse. Les délires répétés de gens de tous horizons sur les mahométans... Les jérémiades pas toujours très bien senties de nos camarades de gauche sur la rapacité des établissements financiers. Et si on s'arrêtait de gémir, les copains?

L'usure, mais pas encore le désarroi. L'indigence domine l'essentiel des débats qui nous tracassent. On le sait, puisqu'on est très loin d'en être exempts.
Donc, on va marquer une pause, parce que l'inspiration nous fait défaut, et que de toute façon, elle ne nous a jamais réellement transcendé. On a des projets, des objectifs à accomplir, pour parler comme dans la singulière terminologie du Monde de l'Entreprise, où il est certain, tant par fierté que par conscience frondeuse, nous ne foutrons jamais nos panards déjà usés.

Il y a de quoi se ravir, tout de même. Les pépées, les livres, le cinoche, les liqueurs de tous acabits. L'afro-américanisme musical, le twist zapatiste... La perspective d'être engagés dans la prochaine bataille, qui verra crever ce Vieux Monde qui n'en finit plus d'agoniser.

L'inanité de notre prose reviendra. C'est certain. N'en déplaise au morpion qui étale ses insanités ici. Qui est loin d'entamer notre aisance à somnoler peinard et heureux le soir. Bien loin, même. Il serait temps, mon morbac', que tu nous donnes ton blaze qu'on rigole un coup. Juste pour voir. Suis à peu près certain de te connaître. Même que tu dois avoir d'incroyables réserves de temps en plus de médiocrité pour souiller cet endroit.

Te fatigue plus, va.

mercredi 21 avril 2010

Le môme peinard

Salé, foutre!

Le maboulisme est l'apanage du monde moderne. On le savait déjà, et les foutriquets qui viennent étaler ici leur mistoufle, en bavant avec force trouducuterie sur notre prose chancelante mais magnifique, en cela renforcent nos reflecs. Les amis du muselage, nigedouilles heureux, ne freineront nullement nos envies de débargouliner sur le spectacle non épastrouillant qu'on nous pond chaque jour dans les gazettes. Qu'on se le tienne pour dit! On tartinera encore, toujours, même, tant qu'on aura la santé, et que le chambardement ne sera pas intervenu. Non, mais!

Les chameaucrates ont la dent dure, et postulent à nous sucrer nos retraites. Et nous guenilleux, nous devrions nous accomoder du fait de turbiner plus longtemps, à jouer au déchard jusqu'à notre mise en bière, sans moufter, car il en irait de l'intérêt général.
Et les camaros des syndicats, eux, demeurent silencieux, ou tout comme, vu la faiblesse du débit de leur gueulante. Turbineur morflerait plus longtemps que ce serait dans l'ordre acquis des choses. Les députains, qu'ils fussent de la droite, de la maison socialo, du centre, ou de la Ferté sous Jouarre, s'accordent, à ce que nous bouffions du caillou, le tout, pour la pérennité de notre système par répartition.

Et les niches, foutre! Et cette répartition Capital-Travail, bigrement inégalitaire chaque jour que le Père des Mouches fait, ne saurait constituer un motif pour que nous groumions!

Il est vrai que causer de la chose a de quoi nous filer une migraine drue. Et que je te calcule mes indemnités, et que j'appelle le bon peuple, qui n'en plus de la votaillerie, à se prononcer sur le sujet. On a foutrement plus important à débattre. La tenue des moukères, les footballeurs qui se conduisent en lubriqueurs, les ratichons qui s'en vont tripoter des mioches.

Alors, toi, l'ami patriotocard, qui nous vrillent les tympans, et la vue de toutes sottises de goupilloneur, nous astreignant à ne plus nous démuseler, pour qu'on en vienne à défendre ton Zemmour, tes options sur les mahométhans, ou sur les zigomars qui ne peuvent plus souper de tes chieries spirtituelles....

Viens plus souiller nos flanches! La frocaille, la mitraille, l'opportunard, le marloupier, le capitalos, demeurent à jamais nos ennemis, et nous ne baisserons pas la garde, quitte à finir au quart d'oeil, et à remiser nos envies de lampionner!

Môme, on te le dit! Les émules du Père Pouget sont de retour, décidés à défendre leur dignité, et à inverser l'échelle de l'infamie, afin que le populo prenne sa revanche!

Espérons que tu saches lire! Car foutre, nous sommes prêts à tout, sauf à abdiquer!

samedi 10 avril 2010

Plombé Polonais

Ce soir, je suis un Tupolev, piloté de façon aléatoire, par un aviateur polonais aussi chargé en kérosène que ses réservoirs.
Je mène les fervents bigots au trépas, et prédit un avenir aussi reluisant pour les couples présidentiels assujettis à de bien tristes et piteuses passions.
Ce soir, j'ai retrouvé l'inspiration défaillante, au détour d'une cuite à la Zubrowka.

jeudi 25 mars 2010

Besson pas la garde


Tu as beau gémir ma couille, t'as vraiment une sale gueule.
Ton tarin allongé, tes yeux livides, ton charisme égal à celui d'un vieux flan aux olives vertes.
Ta servilité, ton narcissisme tapageur, ton attrait pour les jeunes filles maghrébines aux origines sociales plus gratifiantes que celles que tu entasses dans tes charters.
Une vraie gueule de con, de cul. Qui fait un sale boulot. Je ne suis pas malheureux d'échapper au fisc vu les crottes de nez que je touche en guise de salaire, car financer ton ministère, ton train de vie, tes caleçons longs, me ferait autant chier que de dormir aux côtés de Nadine Morano.

Le plus grave dans cette affaire, mon gros couillon, c'est que tu vas achever par me rendre Guillon sympathique, bien que je trouve le garçon agaçant, un tupamaros pas marrant, qui a une culture politique nulle, un humour pour spectateurs assidus de Canal Plus. Une émule de bobof, avachi du bulbe, qui se pique de pontifier, en plus de ça.

Alors, mon Eric, arrête tes conneries, je t'en prie. Démissionne, achève tes jours aux côtés de ta très jeune moitié, et lorsque Zemmour sera définitivement mort médiatiquement, tu auras toujours un ami à inviter à Sidi Bou Said.

T'embrasse pas, face de pet.

dimanche 14 mars 2010

Petit coucou en passant


Nous voilà tenus de jouer aux commentateurs, vu que nous sommes au soir d'un dimanche d'élections régionales.
Mais voilà, on peine à émettre un semblant d'analyse, alors que nous sommes d'ordinaire si prompts à jacter sur tout et n'importe quoi, à balbutier comme au troquet, à pousser le sophisme assez loin.
C'est que cette fin de semaine fut éreintante. On s'en est mis plein dans la carafe, on a déchanté beaucoup, dessaoulé avec peine.
Alors qu'est-ce qu'on peut dire de pertinent, Bertrand? Va-t-on se risquer à s'ébaudir de la nouvelle étoffe imposante de Martine Aubry, sur la pétée qui se profile pour le Lider Minimo et ses affidés, sur le supposé regain de forme du Front National, sur le fait que le décès de Jean Ferrat n'a visiblement eu aucun effet sur les résultats du Front de Gauche?
Ou allons-nous être un peu plus raisonnables, rejoindre notre couche sans trop tarder, après la petite infusion de rigueur. Plumard, où l'esprit vagabond, nous irons peut-être prendre des dispositions sérieuses concernant les semaines à venir. Acheter quelques litres de Dubonnet, draguer des poules, emmerder les fâcheux qui pullulent de ça et là, taquiner un peu c'te société du pestacle, malmener la logique de l'Empire dans la joie, avec de la lingerie fine et du bon liquide à gogo.

Le détachement s'impose. A tous. Un peu de poésie. Et de tendresse. De la musique Soul, du blanc de Tourraine, du Foie de Morue et du Comté, des livres aussi, tant qu'à faire.
Nous vaincrons, c'est écrit. N'en déplaise aux petites fiottes qui anonymement, souillent ces pages merveilleuses, malheureusement ignorées du plus grand nombre.

Et puis on a la môme qui nous attend. Elle a beau travailler en usine à Créteil, c'est bien elle la plus belle.

mardi 2 mars 2010

Sévice même pas militaire


Dans l'Empire du Bien, ou du Moindre Mal, selon la terminologique que l'on préfèrera, dans cet ensemble où assujettis, nous survivons sans joie, puisque les séditions sont condamnées avant même de germer, il faut, à défaut de se sentir maître de quelque chose, "s'accomplir".
L'exaltation du nombril, avant toute chose. Horizon indépassable.

Devenir quelqu'un en somme. Notoriété, quart d'heure de gloire, et tout le toutim.
Même l'Armée s'est mise au diapason. Notre fière armée, à la belle allure. Qui n'a jamais su au cours de sa longue histoire remporter une bataille sans user de la ruse, ou de la fourberie. Bouvines, ça remonte à quand? Armée, qui est actuellement engagée sur de lointains terrains pour satisfaire aux ambitions de l'Empire, justement. A savoir, protéger les multinationales des aspirations souveraines des peuples, lutter contre l'obscurantisme en bombardant quelques écoles pashtounes.

L'armée de Terre a lancé une campagne de recrutement qui a le don de faire sourire. Elle indique à ses potentielles recrues qu'elle leur permettra en incorporant ses rangs, en vivant avec quelques brutes galonnées, un plein accomplissement personnel. Dur de douter de la finalité de la chose.
C'est en mourant pour de grands industriels, jeunes hommes déclassés et en proie à la misère sociale, que vous pourrez vous "accomplir". Mieux qu'à l'issue d'un brillant parcours universitaire qui n'aboutit qu'aux files d'attentes du Pôle Emploi. Mieux que dans le monde du travail, où le suicide est devenu une sorte de tendance, au même titre que la vasectomie dans les milieux gays américains.

Donc bonhomme, toi qui a été avili par le système scolaire, livré à toi-même par des parents inconséquents et dépassés, voire les deux, qui n'a pu te satisfaire des caprices d'un employeur souvent fruste et aigri, qui peine à te sentir épanoui, même dans un lit, vu que les filles sont d'une indigence notoire, comme en témoigne la dernière livraison de Cosmopilitan, l'Armée, la chose est connue, fera de toi un homme. Un vrai, un dur, un tatoué.
Une fois en permission, ton nouveau statut social étincelant, forcera le respect. Les messieurs ôteront leur chapeau à ton passage, en signe de révérence, les dames, elles se sentiront, fébriles, tout plein de force rentrée que tu seras, et il est à peu près certain, que la Nation, te sera reconnaissante de te sacrifier à Total, ou à ton drapeau, peu importe, où se place la lucidité. Tu en seras un, on te dit.
Les féministes te seront grées de massacrer du taliban. C'est voir le degré de considération qu'on te portera.

Et si d'aventure tu trébuches sur une mine, te fais trouer la peau dans une embuscade, les funérailles qu'on te fera seront nationales, avec remise posthume de médaille, clairon, drapeau enveloppant le cercueil, inclination des hauts dignitaires de l'État-major, ministres, et président, même, va savoir...
Autrement dit, ça aura de la gueule. Mieux que si tu décèdes d'une cirrhose, et que seuls tes parents, une famille hypocritement réunie, des amis souvent indigents, défilent devant une sépulture en faux marbre par un samedi pluvieux dans une banlieue, qui en plus de t'avoir vu dépérir, t'aura vu crever seul.
N'en doute pas, jeune trouffion. N'en doute pas, toi qui perds ton temps, à massacrer du civelot de façon virtuelle, devant ton Pécé, entre deux allers-retours express sur un site porno.
Et puis bosser dans l'humanitaire revient au même. Tu agis toujours pour le compte d'un gouvernement, malgré les prétentions affichées.
Allez, jeune, qui dit "niquer la France" ou celui qui dit qui "l'aimer", car ça revient au même, après tout, c'est que de l'aliénation. Engage-toi!

Une vie sans livres, sans flâneries champêtres, sans cuites autres que dominées par la joie, vaut tout de même mieux, j'en connais qui, sans aspirer à la caserne, vivent très bien dans cette configuration. L'armée t'offre ce cadre de vie, en plus grand, en plus beau.
On dit merci qui?

jeudi 25 février 2010

Le coup fourré n'est plus ce qu'il était... Hommage indirect à Robert Pandraud.


Dire que tout part en sucette tient du lieu commun. Et c'est souvent affligeant de verser dans ces travers que nous fustigeons avec force mesquinerie chez ceux que nous aimons pas-et qui se reconnaîtront, nous ne sommes pas là pour enfoncer les Charlots.

Tout ça permettra aux nostalgiques les plus sensibles et les moins irraisonnés d'entre eux (citons le camarade Leroy) de regretter leur Monde d'Avant, où les choses sans être reluisantes, conservaient tout de même une certaine étoffe. La même sinistrose régnait bien avant que les traders ne fissent tout péter, avant que Philippe Séguin ne cassât sa pipe, ou que Georges Marchais allât rejoindre le regretté Cauecescu au paradis des dialecticiens mesurés. Mais, surgissaient de temps à autres, comme des éclairs précédant l'orage d'été, quelques menus effets réjouissants.

On a déjà causé de l'aspect délétère de la campagne en vue des élections régionales. À travers la stigmatisation à forte connotation raciste visant Ali Soumaré, candidat socialiste dans les Yvelines, qui se vit accuser par la droite, d'être un petit Mobutu francilien, sans le chapeau rigolo qui va avec.
On a aussi, souligné, notre désarroi face aux relativement peu discrètes méthodes employées récemment par le Mossad pour éliminer un dirigeant du Hamas dans un hôtel grand luxe, de je ne sais plus quel émirat du golfe.

On s'emploiera à faire ce soir une synthèse entre les deux évènements. Aussi déplacée que paraisse l'initiative, elle a au moins le mérite de soutenir notre propos premier. Le spectacle du monde est toujours aussi triste, mais vire à l'atterrant, à la médiocrité généralisée, affichée, et exaltée, même.

C'est barbouzerie dont on va causer. Il y a fort à douter que le passé de Soumaré ait émergé, suite à la consultation d'un fichier de Police quelconque. Et que plusieurs fonctionnaires du ministère de l'intérieur se sont empressés avec zèle de communiquer l'information aux adversaires du candidat socialiste au teint franchement pas écarlate.

Seulement, les gonzes se sont égarés dans leur manoeuvre. Une erreur d'homonymie fâcheuse qui les fit rallonger un passif judiciaire au demeurant maigre, et peu sujet à la cabale. Les flics ont toujours eu une sorte de lien de consanguinité avec la droite. C'est normal, c'est à elle que l'institution a du son épanouissement, bien que la Gauche conduisit aussi à faire d'elle un instrument politique de taille pour qui la chapeautât.

Mais avant, on faisait dans le feutré. Les procédés pour discréditer un adversaire à une échéance électorale s'illustraient par leur finesse. On usait de la presse, comme relais essentiel. Un discrète enveloppe en papier kraft expédiée à une grande rédaction ou au Canard Enchaîné, et le tour était joué. Les pisse-copie manipulés avaient le sentiment de faire le métier, et n'en étaient pas peu fier, à dénoncer du scandale à la pelle.

À MM. Delattre et Poniatowski, qui tentèrent de déstabiliser leur concurrent, nous ne tirerons pas notre chapeau. Certes, présenter Soumaré, comme un délinquant était chose habile. Dans notre imaginaire national, le Noir devient suspect une fois qu'il délaisse la serpillière, et pose son micro.
Et il n'est pas incertain, qu'ils eurent pu profiter de leur petit jeu dégueulasse auprès d'un électorat rivé aussi souvent devant TF1 qu'un président aux chaussures montantes sur des piles de sondages.

Il aurait fallu que vous employassiez les mêmes procédés que ceux qui régnaient dans feu le RPR.
De la discrétion, du feutré, de la manipulation savante, qu'on ne réalise qu'après coup.

Au lieu de ça messieurs, vous avez préféré l'école Mossad, et démontrer par la même, ce qui est avéré depuis longtemps, et qu'on se refuse souvent à admettre, à force d'essorage de cervelle. À savoir, qu'en France, la Police Nationale s'illustre comme fille de joie de son maquereau l'état UMP.
Et de la part d'un membre de la famille d'un ancien ministre de l'intérieur, c'était commandement à ne pas oublier.

mercredi 6 janvier 2010

L'archipel Les Noix ou Tartuffe au Soleil


Nous étions tranquillement accoudés au comptoir du bar de l'hôtel quand Cécile fut pris par le remords.
-Ces vacances, fit-elle, étaient méritées, mais j'aurais aussi pu partir moins loin.
Tandis que le barman nous confectionnait un cocktail de la meilleur composition qui fusse, je délivrai à mon amie le sentiment qui était le mien à cet instant.
-Cécile, tu as besoin de te ressourcer. Tu t'es saignée aux quatre veines pour que prospère ton mouvement politique. Tu oeuvres au quotidien pour le développement durable. Du moins, l'exploitation durable mais responsable écologiquement. Tu te dois de faire une pause.
-Un break, me répondit-elle, démontrant par là-même sa verve Green Business.
Cécile avait toujours eu comme point d'orgueil à être en conformité avec ses idéaux, dont la noblesse n'est plus à démontrer. Aussi, quand nous franchîmes, d'un pas alerte, les quelques mètres qui séparaient le bus de l'avion, elle s'écria: "Cachez cet airbus que je ne saurais voir!".
Car Cécile était comme ça. Elle affichait sa droiture afin qu'on ne la prît point en défaut. Elle répétait à l'envi n'avoir franchi que trois fois les frontières du territoire national.
La chose m'apparût étrange. Pour une jeune femme en théorie sensible aux problèmes mondiaux, et résolue à y remédier, ce sédentarisme conférait à la palinodie.
Cas de conscience à part, nous effectuâmes un délicieux séjour. Nous avons goûté aux joies de la plongée sous-marine, traversé quelques charmants bidonvilles, et pillé à chaque repas le copieux buffet du Resort Palace où nous logions à la suite Prince Albert. Exotisme surfait, bains de soleil cancérigènes, massages vivifiants par les soins de rustiques indigènes, le must en terme de remise en forme. Nous avons même eu la chance d'accueillir notre ami rouquin, notre patriarche à nous, l'homme sans qui nous aurions pu atteindre ce score historique aux européennes. Dany est venu en voisin, lui qui passait ses vacances à la Réunion, a aussitôt embarqué à bord d'un Falcone sitôt notre présence dans l'archipel connue.
-A quelques milliers de bornes près, on aurait pu se manquer, c'eût été trop con!
Ravi de le recevoir, et de le voir formuler une phrase en termes corrects, lui qui n'est que massacreur de synthaxe, Dany nous gratifia de compliments énamourés sur notre bronzage.

Nous allâmes ensuite prendre l'apéritif à l'hôtel et assister à la remise du Prix du Développement Durable, remis simultanément cette année aux dirigeants de Total et de Texaco. Lors de cette mémorable soirée, nous fûmes même conviés à la table du jury, où Bono, un général chilien en retraite, et un marchand d'armes israélien en cavale, nous firent l'honneur de partager leur repas.
-D'où viennent les gambas? S'interrogea Cécile, une nouvelle fois pris par le remords.
-De l'Océan Pacifique, des Philippines pour être exact, répondit le maître d'hôtel.
La chair des crustacés était si tendre qu'on ne s'offusquât point qu'elles fussent acheminés par avion, et qu'en matière de bilan carbone, on aurait pu mieux faire.

Le séjour fut donc réussi. Depuis son retour, Cécile me le cache, mais je crois bien qu'elle est à nouveau en cloque. Ce n'est pas très malthusien ça, elle en est presque à son cinquième chiard.

Nous vous confierons la suite de nos aventures, après notre bref séjour à Davos, où Schwarzenegger, Al Gore, des écolos comme nous, nous ont conviés à une table ronde intitulée: "Tartufferie: Quand les amis de la Terre s'y vautrent".


Monsieur C. Les vacances de Madame Duflot.

samedi 2 janvier 2010

L'ultime énigne de l'Atlantide


La scène se déroule dans un club londonien très coté, où se retrouvent, nos deux héros, Philip Mortimer, scientifique en proie au doute, et Francis Blake, super-agent moustachu et asexué.

"-Vous me semblez déprimé mon cher Philip? Qu'est-ce qui peut bien vous troubler Old Chap?
-Tant de choses, mon cher Francis. Je supporte assez mal l'entrée dans cette nouvelle décennie. Rien de réjouissant à l'horizon, Bloody Hell!
-Vous n'arrivez même plus à trouver réconfort dans le whisky?
-Non, ni dans le porto, ni dans le cherry's du reste.
-Qu'est-ce qui vous cause ce tracas, cher ami? Nous avons pourtant toutes les raisons d'anticiper l'avenir avec sérénité?
-Vous le pouvez Francis! Le monde est désormais sous la coupe de gens comme vous. Des officiers de renseignement qui agissent avec zèle pour perpétuer le triomphe de la réaction!
-Heavens! Mortimer! Olrik vous aurait-il administré un sérum qui vous aurait jeté dans les bras de la subversion!??
-Non, dear Francis. Olrik ne peut plus nuire. Savez-vous que depuis le pénitencier californien où il purge une peine de quatre cent cinquante ans pour complicité dans l'Affaire Madoff, il a demandé la semaine précédente à être castré chimiquement?
-Damned! Je n'ai jamais eu de compassion pour cette fripouille, mais quel triste sort!
-Il ne supportait plus d'être éloigné de cette crapule de Sharkey, qui lui faisait office d'orifice en plus d'homme de main.
-Hell! Au moins, sa capacité de nuisance s'en trouve passablement réduite!
-Certes, Francis. Mais voyez-vous, j'entretiens quelques regrets au sujet de l'époque où nous le traquions, lui et ses affidés. Et où Edgar P. Jacobs scénarisait nos aventures. Aujourd'hui de sinistres canailles qui ont l'écriture aléatoire, et le dessin maladroit nous plongent dans de bien piteuses situations...
-Il est vrai qu'à la lecture des albums publiés récemment...
-C'est comme cette femme qui se tient au comptoir...
-Celle qui est affublée d'un costume Belle-Epoque? Dame, triste allure! Son visage me semble familier...
-C'est Adèle Blanc-Sec!
-Argh...
-Oui, elle se saoule la gueule depuis qu'elle a appris que Luc Besson transposait ses aventures au cinéma. Avec une ancienne Miss-Météo de Canal plus dans le rôle titre!
-God Damn It! Heureusement le Septième Art nous a encore épargnés de l'infamie! Mais pour combien de temps encore?
-Sans compter que je tends à être fauché ces derniers temps, Dear Francis. Vu la politique de vache maigre qu'on inflige à la recherche dans nos jolies sociétés, je suis comme sur la paille. Ce n'est pas avec une bougresse de Pécresse que j'aurais pu créer l'Espadon, ou que cette fripouille de Septimus aurait pu inventer une machine à remonter dans le temps!
-Triste époque!
-Francis, je ne suis pas encore tout à fait résigné.
-A quoi?
-A faire l'amour avec toi.
-What?
-Ne fais pas l'enfant. On s'est toujours employé à souligner notre homosexualité. Latente... Tu parles. Je sais que tu me désires.
-Vieille canaille écossaise, vous me troublez au plus haut point.
-A ce titre, laisse moi le temps d'enfiler un kilt des plus affriolants. Ensuite, nous rentrons à l'appartement. On congédie la serpillière hindoue qui nous sert de valet, et nous faisons l'amour jusqu'à l'aube, voire plus, si nos forces ne sont pas épuisées.
-Mortimer... Si on venait à apprendre notre relation... Nous serions dans une position délicate...
-La seule position délicate en ce qui nous concerne, c'est le 69. Regardez autour de nous, Francis. Nos supérieurs hiérarchiques, que ce soit à l'université ou à l'Intelligence Service sont incompétents, corrompus, cyniques, font leur jogging tous les matins et ne boivent jamais d'alcool. Sans compter la Reine. Une pocharde qui traîne un fils laidissime, et des petites progénitures nazillonnes.
-Le relâchement vient d'en haut...
-Oui, et pas d'en bas. On s'agite sous mon kilt, commander.
-Soit, rentrons.
-Oh, oui, rentrons. Par les saintes culottes de Mac Gregor!"


Nos deux amis quittent le club, devant le regard indigné des gentlemen de l'assistance, après que Mortimer ait mis une main au valseur musclé de Blake. Le lendemain de leur nuit d'amour, ils refondent l'Internationale Situationiste, et vont sur ce blog. Après sa lecture, ils résolvent une bonne fois pour toute, l'énigne de l'Atlantide.